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Significations des surnoms relatifs au métissage aux Antilles-Guyane

Rédigé par

2.09.2015

Les Antilles – Guyane ont été un véritable laboratoire de « pigmentocratie ». Tout le système de l’esclavage était fondé et légitimé par la thèse de l’inégalité des races. La stratification sociale a donc été complètement basée sur la couleur de peau à une époque où être Noir était synonyme d’esclavage et de misère, et être Blanc synonyme de liberté et de richesse.
Ce lexique servait à différencier les Noirs « évolués » (blanchis), des autres. On peut deviner, dans la transposition à l’homme à des termes utilisés pour désigner le produit d’une union animale « contre nature », les mépris et sens péjoratifs dont les personnes concernées ont été les objets.
 

Béké

Le terme béké désigne les descendants des colons esclavagistes venus des provinces françaises pendant la traite pour cultiver la canne à sucre. L’origine du vient de becquet ou biquet qui désigne le petit de la bique tout blanc, dans divers patois du centre et sud de la France.
On parle de gros béké : qui possède beaucoup de richesses opposé au petit béké, qui possède peu de biens. On nomme béké déchu celui qui a perdu ses possessions et a été écarté du « milieu ». Le béké goyave est un mulâtre qui possède une grande richesse, Béké signifie ici possédant, et goyave (fruit exotique beige brun) indiquant la couleur de la personne.
 

Câpre (câpresse) ou Griffe (griffonne)

La câpre désigne une personne issue d’une union noir-mulâtre aux cheveux fin et bouclés et au teint assez clair. L’origine du nom vient de caprin : sous-famille des bovidés comprenant notamment les chèvres et chamois.  Son utilisation est plus rare.
 

Chabin/Chaben (chabine) ou « grimo » en Haïti

Le terme chabin désigne les personnes à la peau claire, aux traits négroïdes, et aux cheveux crépus blonds ou roux, aux yeux souvent clairs parfois bleus ou verts et parfais avec des taches de rousseur, issues de 2 parents métissés. Son sens originel est celui donné à l’hybride du bouc et de la brebis ou du bélier et de la chèvre. On pense que son origine vient des premiers colons majoritairement normands et ce mot faisait parti de leur patois pour désigner une race de moutons régionale au poil roux.  Aujourd’hui on parle de mauvais chabin, ou de chabin sur (acide),  de chabin rouge (aux cheveux roux), de chabin jaune (blond),  de chabine dorée… le chabin est souvent décrit comme agressif, méchant…
 

Créole

Saviez-vous que même le mot créole a une origine animale ? La Créole est une race bovine française. Elle est issue du croisement à partir du XVIIIe siècle de la race d’origine ibérique, Criollo, avec les races africaines Ndama et zébus. Le nom Créole a été transposé à l’homme, le « Nègre Créole » définissant directement l’homme africain asservi et l’animal d’élevage. Aujourd’hui il désigne les personnes nées dans les îles, qu’elles soient d’ascendance européenne, africaine, amérindienne, indienne ou mixte.
 

Quarteron (quarteronne)

Le quarteron désigne une personne issue de l’union d’un blanc avec une mulâtresse, ou d’un mulâtre avec une blanche. Le terme signifie que l’individu a un ¼ de sang noir.  Et octavon qu’il en a un 1/8 (par exemple concernant Alexandre Dumas père et fils). Il est issu d’une union entre une blanche et un quarteron ou d’un blanc avec une quarteronne.
 

Mulâtre (mulâtresse)

Le terme mulâtre désigne les personnes dont l’ascendance est à la fois européenne et africaine. On parle aujourd’hui de métisse, car le mot a aujourd’hui vieilli. Son origine vient du portugais mulato qui désigne le mulet : hybride mâle et stérile engendré par l’union d’un âne et d’une jument. Au Portugal, le terme mulato (mulata) est encore utilisé pour désigner les métis. Au Brésil durant le carnaval la mulata est célébrée dans des chansons.
Les premiers mulâtres étaient les enfants d’Européens et d’esclaves africaines des débuts de la traite. Le manque de femmes européennes aux Antilles, à une époque où les voyages étaient longs et périlleux, a poussé les colons à prendre femme, d’abord dans le groupe caraïbe, puis dans le groupe des esclaves africains.
L’usage du terme a été adopté, avec fierté, par ceux qui se réclamaient de cette communauté. Ils avaient, ainsi que leurs descendants (généralement de plus en plus blancs) un statut social enviable. Pas égal à celui des Blancs mais bien plus enviable que ceux des Noirs pouvaient même être affranchis alors que l’enfant d’une esclave noire naissait automatiquement esclave. La défense de leur couleur était tacitement associée à leurs privilèges. Ils pouvaient bénéficier d’une aisance économique qui leur permettait d’accéder à l’éducation et à des professions intellectuelles. Face aux planteurs s’est constituée une caste de mulâtres intervenant dans l’économie coloniale et qui comme les békés, évitait les unions avec des personnes d’ascendance africaines. À cause de leur position, ils suscitaient haine et agacement aussi bien chez les Blancs que chez les Noirs, certains préférant être employés par un blanc raciste que par un mulâtre.
Aujourd’hui quand on dit de quelqu’un qu’il est un mulâtre s’est pour se moquer de lui et de sa prétendue richesse !
 

Île de Gorée, « l’île Mémoire »

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