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Hoquet, quand Léon Gontran Damas fustigeait une certaine éducation à la créole…

Rédigé par Christ-Laur Phillips

15.05.2022

Dans son poème « Hoquet », Léon Gontran Damas, figure de la négritude, se révolte contre une éducation créole bourgeoise se nourrissant de l’acculturation imposée par le colonialisme.

La négritude selon Damas

Le mouvement littéraire et idéologique de la négritude, dont l’intellectuel Guyanais fut l’un des pionners av ec Césaire et Senghor, se traduit par deux aspects contraires mais compatibles. Le refus et l’affirmation. Le refus d’une acculturation imposée et l’affirmation de sa propre culture.

Dans ce poème parut en 1939 dans le recueil intitulé Pigments, Léon Gontran Damas dresse un portrait au vitriol de ces règles imposées aux enfants et du rôle joué par des parents honteux du sang noir qui coule dans leur veine, tentant de le gommer en singeant les us et les coutumes des colons. Une attitude qui laissera des marques sur des générations et des générations.

« Les mulâtres ne font pas ça, Laissez donc ça aux nègres ! »

Ce qui est présenté comme une véritable intoxication culturelle, fait écho à un problème universel, qui, près d’un siècle plus tard, n’a pas encore disparue aux Antilles-Guyane. Ici on n’éduque pas, on dresse, on n’explique pas, on menace… Un épisode que le poète, mort en 1978, ne pourra jamais ni tout à fait digérer, no tout à fait vomir, comme en atteste sa composition…

Hoquet de Leon Gontran Damas

Et j’ai beau avalé sept gorgées d’eau

trois à quatre fois par vingt-quatre heures

me revient mon enfance dans un hoquet secouant mon instinct

tel le flic voyou

Désastre

parlez-moi du désastre

parlez-m’en

Ma mère voulant d’un fils très bonnes manières à table

            les mains sur la table

            le pain ne se coupe pas

            le pain ne se rompt

            le pain ne se gaspille pas le pain de dieu

            le pain de la sueur du front de votre Père

            le pain du pain

            un os se mange avec mesure et discrétion

            un estomac doit être sociable

            et tout estomac sociable se passe de rots

            une fourchette n’est pas un cure-dents

            défense de se moucher

            au su

            au vu de tout le monde

            et puis tenez-vous droit

            un nez bien élevé ne balaye pas l’assiette

            Et puis et puis

            et puis au nom du père

                 du fils

                        du saint esprit

            à la fin de chaque repas

                 Et puis et puis

                 et puis désastre

            parlez-moi du désastre

            parlez-m’en

Ma mère voulant d’un fils mémorandum

            si votre leçon d’histoire n’est pas sue

            vous n’irez pas à la messe dimanche avec

            vos effets de dimanche

            Cet enfant sera la honte de notre nom

            cet enfant sera notre nom de dieu

            Taisez-vous

            vous ai-je dit qu’il vous fallait parler français

            le français de France

            le français français

Désastre

parlez-moi du désastre

parlez-m’en

Ma mère voulait d’un fils

            fils de sa mère

            vous n’avez pas salué voisine

            encore vos chaussures de sales

            et que je vous y reprenne dans la rue

            sur l’herbe ou sur la Savane

            à l’ombre du monument aux morts

            à jouer

            à vous ébattre avec untel

            avec untel qui n’a pas reçu le baptême

Désastre

parlez-moi du désastre

parlez-m’en

Ma mère voulant d’un fils très do

            très ré

            très mi

            très fa

            très sol

            très si

            très do

            ré-mi-fa

            sol-la-si

                do

            Il m’est revenu que vous n’étiez encore pas

            à votre leçon de violon

            un banjo

            vous dites un banjo

            comment dites-vous

            un banjo vous dites un banjo

            Non monsieur

            vous saurez qu’on ne souffre chez nous

            ni ban

            ni jo

            ni gui

            ni tare

            les mulâtres ne font pas ça

            laisse donc ça aux nègres

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