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Il était une fois… Bertène Juminer

Rédigé par Christ-Laur Phillips

12.10.2020

Bertène Juminer est en réalité un Docteur en médecine et un Professeur agrégé de médecine, qui a aussi embrassé les fonctions de Doyen de la faculté de médecine d’Amiens, de Recteur de l’Académie Antilles Guyane. Tout cela, en signant pas moins de 5 livres de sa plume.
J’imagine qu’énumérer ses titres et fonctions ne vous apprends pas plus qui était Bertène Juminer, né à Cayenne par une chaude journée d’aout 1927….
Fruit des amours entre une mère Guadeloupéenne, Marie Placide, et un père Guyanais, Eloi Juminer, Bertène voit le jour deux ans après le décès de sa sœur, mordue par un serpent à Saul alors que son père y travaillait.

La parenthèse africaine 

Il se passionne très tôt pour la médecine et pour la parasitologie. Son parcours brillant le conduit à exercer 2 ans à Saint-Laurent du Maroni, puis en Tunisie durant 8 ans avant d’être nommé professeur agrégé à la Faculté de médecine de Dakar, au Sénégal.
Après avoir passé 15 ans en Afrique, celui qui clamera haut et fort ses origines béninoises jusqu’à sa mort, revient en France, à Amiens plus précisément et y enseigne durant 9 ans avant d’être nommé recteur de l’Académie des Antilles et de la Guyane puis muté en Guadeloupe.

Un retour empreint de déception 

De retour sur l’ile natale de sa mère, Bertène cumule les fonctions, vice président du conseil économique et social de l’île, président du Conseil Scientifique de l’Observatoire Régional de la Santé en Guyane, il collabore également avec l’Unesco.
Mais ses illustres fonctions ne l’empêchent pas de constater les ravages que l’esclavage et la colonisation ont opérés dans la société domienne. C’est ainsi qu’il se bat pour la reconnaissance et les réparations dues aux descendants d’esclaves et qu’aux côtés de Christiane Taubira, il souhaite que cette pratique barbare soit reconnue Crime Contre l’Humanité.

Le comité devoir de mémoire 

Cette démarche est dévoilée le 21 mai 2001 à Paris, par le Comité « Devoir de Mémoire », qui publie le manifeste « Esclavages et réparations. » Le Professeur Juminer lutte également pour la reconnaissance officielle de la langue créole.
Toutefois son combat ne s’arrête pas là. Il milite aussi pour une plus grande autonomie des Antilles-Guyane face à la métropole, et appelle de tous ses vœux à un rapprochement entre les Antillais et Guyanais. Ce souhait s’inscrit noir sur blanc dans le Manifeste pour refonder les DOM qu’il co-signe avec Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant et Gérard Delver.

La hiérarchie coloniale

Son expérience des conséquences de la colonisation, il la couche dans son premier roman autobiographique intitulé, Les Bâtards, dans lequel il dépeint la condition d’exil d’un étudiant guyanais envoyé à Paris, dans les années 30.
Il évoque aussi, fait plus rare, le complexe de supériorité des insulaires sur les continentaux, ici désignés comme les Martiniquais et les Guyanais. Un racisme qui s’inscrit dans ce qu’il désigne comme « la hiérarchie coloniale » avec des colonisés de première et de seconde zone… Une hiérarchie entretenue par les colonisateurs et qui rend impossible toute unité ultra-marine.

Un bâtard ?

« George Othily dira de Bertène Juminer : Bâtard donc, parce que Guyanais de naissance, Guadeloupéen d’éducation et Français de formation intellectuelle, bâtard parce que, Africain d’origine, Européen de culture et Américain de positionnement, il ’allait, au fond, jamais exactement savoir qui il était. «
Officier de la Légion d’honneur, puis commandeur de la Légion d’honneur. Bertène Juminer s’éteint le 26 mars 2003 à Pointe-à Pitre…
Son objectif : rapprocher les Antilles-Guyane. Un vœu pieu selon vous ?

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