Léon-Gontran Damas, itinéraire d'un poète engagé

Mêlant des origines européennes, amérindienne, et africaine, Léon-Gontran Damas naît à Cayenne le 28 mars 1912. Rapidement orphelin, les difficultés accumulées au début de sa vie le laisseront sans voix jusqu’à l’âge de 7 ans.
Le bégaiement qui en résultera s’illustre à travers sa poésie au rythme étrangement moderne, comme si ce qui devait être dit devait l’être vite et fort.

De Cayenne à Washington, un parcours ouvert sur le monde

Sur la terre des parias
un premier homme vint
sur la Terre des Parias
un second homme vint
sur la Terre des Parias
un troisième homme vint
depuis
trois Fleuves,
trois Fleuves coulent,
trois fleuves coulent dans mes veines
Black-Label (1956)

C’est d’abord à Fort de France où il fait la connaissance d’Aimé Césaire, à Meaux puis à Paris, qu’il découvre la part de l’éducation dans l’enseignement des différences. Devenu critique de l’assimilation qu’il associe à l’acculturation des populations créoles, il en appelle à une prise de conscience mettant fin à la dépendance absolue vis-à-vis du référentiel européen.

Au contact des cultures et du monde, Damas a étudié au surplus du droit, le russe et le japonais à l’INALCO, et suivi les cours de l’institut d’ethnologie de Paris. Sa curiosité l’a mené à se repencher sur sa Guyane natale et son héritage africain, puis à élargir sa réflexion sur les deux rives de l’Atlantique du Ghana aux Etats Unis en passant par le Brésil.

Député de Guyane, chercheur à l’Unesco, puis professeur à l’Université Howard à Washington, Damas aura à cœur de mêler ses activités politiques et sa production littéraire qui ne furent qu’un seul et même intime engagement.

Une ambition et une pensée actuelle

Moi qui vous cause
et le souligne
et ose
Moi qui n’ai encore rien dit qui ne pût l’être
Black-Label (1956)

Dès 1934 pointent dans ses poèmes parus dans la revue Esprit les thèmes de la négritude, mouvement dont le contour sera forgé par le martiniquais Aimé Césaire dès l’année suivante et accompagné par le sénégalais Léopold Sédar Senghor.
Au discours dominant de l’époque, il n’aura dès lors de cesse d’offrir une alternative plus authentique, plus ancrée dans l’histoire et la perspective des populations noires d’amériques.
Poète créole d’expression française, Damas fut un artisan, par ses mots et sa pensée, de l’émancipation culturelle des caribéens, un éveilleur dont la vie et l‘œuvre touchent encore aujourd’hui par leur modernité et leur sincérité.
Il meurt le 22 janvier 1978 à Washington où il vivait depuis 1970. Sur sa tombe à Cayenne figure un poème en guise d’épitaphe, la torche de résine, une invitation au souvenir et au partage.

LA TORCHE DE RÉSiNE
portée à bras d’homme
ouvrant la marche
dans la nuit du marronnage
n’a jamais cessé
à dire
vrai
d’être
ce flambeau
transmis d’âge en âge
et que chacun
se fit fort de rallumer
en souvenir de tant et tant de souvenirs

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