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La Blaxploitation, ou le cinéma noir américain des  nnées 70

Rédigé par

19.11.2015

Dans le paysage audiovisuel américain des années 60, le seul acteur noir célèbre était Sidney Poitiers. Devenu populaire grâce aux films « Dans la chaleur de la nuit » et « Devine qui vient diner », il fut avec Bill Cosby et Harry Belafonte, l’un des premiers noirs à jouer des rôles sérieux. Avant cela les Noirs n’avaient que des rôles de serviteur, danseur, bandits, d’esclaves ou de faire-valoir là pour amuser la galerie! Mais le contexte social et idéologique de l’époque est loin de ressembler à ce que Hollywood veut bien montrer. La communauté afro-américaine connait la ségrégation, la prostitution, un taux de chômage, de criminalité et de corruption élevée et malgré le mouvement des Droits civiques, les Noirs sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone.

La Blaxpoitation, c’est quoi ?

Créée dans la première moitié des années 70, la blaxploitation est la conséquence de tout cela et met en vedette des héros noirs éloignés de ceux « trop parfaits » de la décennie précédente. Ces films n’engageaient que des Noirs et ne s’adressaient qu’à la communauté noire. Les héros sont souvent victorieux et charismatiques, mais à la limite du politiquement correct, sans complexe et macho et les scénarios en phase avec le cynisme de l’époque, ce qui plait au public. Que ce soient les films policiers, d’horreur, d’arts martiaux, péplum, western, d’espionnage et comique, tous les genres cinématographiques à la mode de l’époque y sont passés. Une grande majorité était de qualité plutôt médiocre, souvent violente et remplie de clichés (la prostitution, la mainmise des dealeurs aux tenues extravagantes sur les quartiers, la vie pauvre dans le ghetto, le racisme…) et de stéréotypes vengeurs, spectaculaires et libérateurs. Souvent, lorsque le personnage est un homme, la mère tient une place importante dans sa vie en raison du problème récurrent dans les quartiers noirs d’abandon de beaucoup part les pères de leurs enfants à leurs mères, hérités de l’esclavage. Se sont pour la plupart des films de série B à petit budget, parfois à la limite du ridicule, sans acteur connu ni grande prétention artistique et comportant des scènes de violence et de sexe.
Ces films, qui cherchaient à donner une image de la vie quotidienne des Afro-américains étaient très apprécié, car les personnages noirs étaient associés au bien et les blancs au mal. Ils les montraient dans des situations d’hommes fiers, virils, libres de leurs choix de vie, qui résistent et répondent aux blancs. En 1971, sont sortis les premiers films100 % noir, « Sweetback’s badasssss Song », réalisé par Melvin Van Peebles et « Shaft, les nuits de Harlem », qui sera un succès planétaire grâce en grande partie à la musique originale de Isaac Hayes et impose le genre dans la production grand public.

Shaft, les Nuits rouges de Harlem

Shaft, les Nuits rouges de Harlem

Et la musique dans tout ça ? 

En effet, ce cinéma donne une grande place à la musique. Chaque film était l’occasion de fournir une bande originale soul, funky et branchée, mais aussi un argument commercial majeur pour assurer la promotion et la renommée d’un film. L’industrie cinématographique va se rapprocher des labels comme Motown et Stax et faire participer tous les grands chanteurs et musiciens noirs de l’époque : James Brown, Curtis Mayfield, les Temptations, Isaac Hayes, Marvin gaye, Roy Ayers, Herbie Hancock ou encore Barry White.
Le public noir va en masse dans les salles de cinéma, ces films apportant une bouffée d’air frais dans un paysage culturel étranglé par la ségrégation. Mais malgré ce contexte sociopolitique et idéologique mouvementé (les émeutes de Watts, la mort de Malcolm X et de Martin Luther King Jr), ces films n’ont aucune ambition propagandiste et de positionnement politique. Et la communauté noire se trouve divisée entre ceux qui voient ce cinéma comme caricaturale et négatif et ceux qui trouvent des héros auxquels s’identifier. Le Révérant Jesse Jackson dénonça publiquement la Blaxploitation et les mauvais modèles qu’elle offrait à la jeunesse noire.
Parallèlement à la blaxploitation au cinéma, un mouvement similaire a pu être observé dans l’univers du comic-book avec l’apparition de super héros noirs tels que La Panthère noire dans Fantastic Four, Le Faucon dans Captain America, et John Stewart, Green Lantern Noir.

La fin d’un mouvement

Face à la surproduction, après que les majors se soient emparées de la Blaxploitation, le public finit par se lasser et à la fin des années 1970, le genre finit par passer de mode, d’autant plus que la présence d’acteurs noirs était par ailleurs devenue ordinaire. Selon les spécialistes cette vague n’a duré que 4 ans, de 1971-1975.
Aussi bref fût-il, le genre a laissé des traces et a eu une grande influence sur certains réalisateurs comme Quentin Tarantino qui lui a rendu hommage dans ses films comme Jackie Brown, ou Kill Bill et qui a rendu ce qui était vu comme un sous-genre cinématographique anecdotique et has been, universel.
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La Blaxploitation a aussi trouvé une seconde vie avec la naissance du hip-hop qui s’est fortement alimentée de samples de ses bandes originales pour leur musicalité, leur symbole ou leur message, pour composer des titres devenus de grands classiques (Wu Tang Clan, Public Enemy, KRS One, Nas) et a emprunté ses codes dans les clips de Gangsta Rap. En 2015, le rappeur Snoop Dogg a revisité dans le clip du morceau « So Many Pros », les affiches de films de la Blaxploitation.
Le genre cinématographique aura donc essentiellement aidé à promouvoir la figure de l’Afro-Américain dans le cinéma hollywoodien qui y a une plus grande visibilité et représentativité. Par contre, encore aujourd’hui, les techniciens et cinéastes noirs sont peu nombreux à évoluer dans le 7e art…

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