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Aimé Césaire, l’anticolonialiste en puissance !

Rédigé par

11.09.2015

Aimé Fernand David  CESAIRE est né à Basse Pointe en 1913 en Martinique au sein d’une fratrie de 6 enfants. Son père était instituteur et sa mère couturière. Élève doué, il obtient le « Prix de l’élève le plus méritant » du lycée Schœlcher de Fort-de-France, ce qui lui permet d’acquérir une bourse pour suivre ses études secondaires et d’entrer en classe d’hypokhâgne au Lycée Louis Le Grand, à Paris. Il y fait la connaissance de Léopold Sédar SENGHOR avec qui il se liera d’une grande et longue amitié.
Au contact des autres étudiants noirs d’horizons différents, avec son ami guyanais Léon Gontran DAMAS, qu’il connaît depuis le Lycée, il fréquente les salons littéraires et découvre le mouvement de la Renaissance de Harlem qui leur fait prendre conscience de l’aliénation culturelle du système colonial français, privilégiant les références arrivant de la métropole et entretenant les clichés doudouistes sur la population antillaise.
En 1934, il fonde avec d’autres étudiants (Senghor, Damas, Sainville et Maugée), le journal l’Étudiant noir dans lequel apparaît pour la 1ère fois le terme de « Négritude », ce concept culturel dont il est à l’origine, qui vise à rejeter l’assimilation culturelle et la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture. Il commence en 1936 la rédaction de son chef d’œuvre, le Cahier d’un Retour au Pays Natal, après avoir été admis à l’École Normale Supérieure.
En 1939, après avoir obtenu son agrégation de lettres, il rentre en Martinique avec sa nouvelle femme Suzanne, épousée 2 ans auparavant, pour enseigner au lycée où il a lui-même été élève. En 1941, en plein régime pétainiste, le couple fonde la revue Tropiques qui a pour objectif la réappropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. Le représentant du gouvernement de Vichy sur place, l’Amiral Robert, instaure un régime répressif et cherche à censurer la revue. Le maître du surréalisme André Breton, de passage en Martinique, découvre la poésie de Césaire et l’intègre au mouvement surréaliste le surnommant « le nègre fondamental ».
Invité à Port-au-Prince, il passe 6 mois en Haïti pour donner une série de conférences. A son retour en Martinique il est élu à juste 32 ans, maire de Fort-de-France, et le restera jusqu’en 2001. L’année suivante, il est élu député de la Martinique (et le sera jusqu’en 1993) et devient en 1946 le rapporteur de la loi sur la départementalisation des Antilles-Guyane.
En 1947, partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, il fonde dans la capitale, avec le Sénégalais Alioune DIOP et les Guadeloupéens Paul NIGER et Guy TIROLIEN, la revue Présence Africaine, qui deviendra ensuite une maison d’édition existant encore aujourd’hui. En 1950, il y publiera pour la 1ère fois son pamphlet Discours sur le colonialisme, une critique acerbe de l’idéologie colonialiste européenne, qu’il ose comparer au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper.
En 1956, opposé au Parti communiste français, il le quitte pour créer 2 ans plus tard le Parti Progressiste Martiniquais (PPM) au sein duquel il va revendiquer l’autonomie de la Martinique.
Parallèlement à ses activités politiques Aimé Césaire publie plusieurs recueils de poésie et se met aux pièces de théâtre. En 1963 il écrit La tragédie du Roi Christophe (retour sur l’expérience coloniale haïtienne) qui connaît un grand succès en Europe et en 1966, Une saison au Congo qui met en scène la tragédie de Patrice LUMUMBA, père de l’indépendance du Congo belge.
La préservation et le développement de la culture martiniquaise sont ses priorités. Il fait mettre en place dès 1972, les premiers festivals annuels de Fort-de-France, puis ouvrir une structure culturelle permanente par la création du Parc Floral de Fort-de-France, rebaptisé parc Aimé Césaire ainsi que dans les quartiers. En 1976, il est aussi à l’initiative de la création du Service Municipal d’Action Culturelle (SERMAC) qui met en avant les arts populaires martiniquais (danse, artisanat, musique…) jusqu’alors négligés.
En 2001, Aimé Césaire se retire de la vie politique, laissant Serge Letchimy lui succéder à la maire de Fort de France. Mais il reste un personnage incontournable…
En 1995, le Discours du colonialisme et le Cahier d’un retour au pays natal ont été présentés pour la première fois au baccalauréat littéraire. En 2005, il refuse de recevoir Nicolas Sarkozy, dénonçant la loi sur les aspects positifs de la colonisation qu’il faudrait évoquer dans les programmes scolaires. Mais en 2006, après l’abrogation de l’un des articles dérangeants de la loi, il revient sur sa décision.
Le 9 avril 2008, il est hospitalisé pour des problèmes cardiaques. Il décèdera le 17 avril 2008 au matin à l’hôpital. Dès l’annonce de sa mort, de nombreuses personnalités lui ont rendu hommage et de nombreux élus ont demandé son entrée au Panthéon. Des obsèques ont été célébrées à Fort-de-France, en présence du chef de l’État durant lesquelles Pierre Aliker son ancien premier adjoint à la mairie de Fort-de-France, âgé de 101 ans, a prononcé un discours émouvant. Son corps est inhumé au cimetière La Joyaux près de Fort-de-France.
Il nous laisse une œuvre littéraire riche de 7 recueils de poésie, de 4 pièces de théâtre et plusieurs essais et reste dans les mémoires comme l’un des grands poètes de langue française du XXe siècle.
 

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