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Interview Singuila : "J'ai une valeur sentimentale pour les gens qui me suivent, et ça fait plaisir"

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24.07.2017

Le chanteur Singuila a entamé un comeback réussi en avril dernier avec l’album Entre 2 sorti le 21 avril 2017. Porté par le single Ay Mama, l’album nous montre un Singuila au sommet de son art. L’artiste nous a parlé sans langue de bois au cours d’une interview des plus agréables.

Blakes : Singuila peux-tu nous résumer les 5 ou 6 dernières années que tu as passées un peu à l’écart du monde de la musique ?


Singuila : J’ai vraiment fait beaucoup de musique, j’en fais vraiment beaucoup. A un moment, j’ai voulu me lancer dans les vêtements, mais ce fut une courte expérience. J’ai appris que la mode est un métier, pas quelque chose qu’on fait juste pour le plaisir. Qu’il fallait vraiment s’entourer de professionnels, mais ça reste un projet dans le coin de ma tête. J’ai pu nouer de bons contacts, assister à des Fashion Week, voir qui évolue dans ce domaine. A part ça, j’ai fait pas mal d’humanitaire.

Blakes : Ah bon, tu peux nous en dire plus sur l’humanitaire ?

Singuila : J’ai participé à des opérations pour les orphelins, récolté des fonds ou avec mes fonds propres, j’ai fait des dons à des orphelinats. J’ai discuté avec les gens qui s’occupent des enfants pour savoir ce qui leur manquait…

B : En Afrique ou plutôt en France ?

S : Majoritairement en Afrique. Mais en avril dernier j’ai fait un truc en France, ça m’arrive souvent, mais les plus grosses actions sont menées en Afrique.

B : C’est ça qui t’empêchait de revenir à la musique ?

S : J’ai jamais arrêté la musique ! Le problème c’est qu’il y a des gens suivent un artiste que par rapport aux médias. Alors que j’ai sorti plusieurs titres, j’ai fait pas mal de concerts. J’ai pas arrêté d’écrire ou de composer, que ce soit pour moi ou pour d’autres artistes. J’ai fait The Voice Afrique Francophone aussi.

B : On reviendra sur The Voice dans un instant. Ton dernier album [Entre 2, ndlr] est sorti fin avril. T’attendais-tu à un tel accueil ?

S : Pas du tout. En fait j’étais septique, je ne savais pas du tout comment il allait être reçu. Quand j’ai commencé à sortir des albums, les gens écoutaient la musique différemment, ils attendaient autre chose de la musique. Aujourd’hui, le public est moins attentif aux textes, etc. Les gens accrochent plus sur des hits, un tube. Mais j’ai toujours aimé les chansons, les histoires, les mélodies, et sur mon album, même si on sent la tendance du moment dans les sonorités, ça reste un album avec les codes de mes débuts. Les textes racontent quelque chose, je me suis pris la tête sur les mélodies parce que j’aime ça. Ça reste des chansons. C’est pas une compilation de hits, y’a différents univers. Quand tu écoutes certaines chansons, tu sens qu’il n’y a aucune chance qu’elles passent sur les ondes françaises.

B : Tu penses à quelle chanson par exemple ?

S : Le titre avec Alonzo [Je voulais juste, ndlr], ne serait-ce qu’à cause des paroles hardcore, le type d’histoire que ça raconte, les sonorités, le refrain qui n’est pas évident. Que des choses qui empêchent une chanson d’être programmée en radio.

B : D’ailleurs ton album est classé « explicit lyrics » sur les plateformes comme iTunes ou Spotify. Pourtant on a connu un Singuila posé. Que s’est-il passé ?

S : J’ai toujours été plus ou moins explicite. Je ne mâche pas mes mots, je raconte ce que je veux. Il y a des moments où je vais parler d’amour et d’autres où je vais parler de sexe. Mes albums sont comme les gens. N’importe qui est vulgaire à un moment donné. Entre potes tu te lâches, et je suis pareil sur mes albums. J’aime ce côté vrai. Certains ne m’aimeront pas, parce que je suis trop cru, mais moi c’est cette patte-là que j’aime. Cependant, je ne suis pas à la recherche du vulgaire.

B : C’est ce côté brut qui fait que tu avais des doutes sur ta carrière ? D’ailleurs tu exprimes ce sentiment sur le titre Retomber sur mes pieds. Est-ce que tu peux détailler ?

S : Sur Retomber sur mes pieds, j’aurais dû mettre une intro pour qu’on comprenne mieux mon intention. Je me suis mis dans la peau du Singuila à l’époque où ma famille me disait « non la musique ce n’est pas pour toi ». L’époque avant de cartonner. Et même en sortant un album qui marche, ce n’est pas dit que ça va continuer. Je me suis remis dans la peau du Singuila à ce moment-là. Ce titre sert aussi à dire à toutes les personnes qui ont un projet et qui sont en période de doute, de ne pas abandonner. En se donnant à fond, il se passe des choses positives.

B : Pourquoi avoir appelé ton album Entre 2 ?

S : Parce que je suis entre deux cultures. Je suis français, je suis africain, j’ai la chance d’avoir un public des deux côtés, de voyager et de voir des choses que les gens d’ici ou de là-bas ne voient pas forcément. J’ai voulu faire un pont entre les deux, artistiquement, musicalement, culturellement et même au niveau de l’image avec le clip Ay Mama, pour faire voyager les gens qui me suivent. Je pense qu’aujourd’hui la fusion c’est l’avenir. Le métissage. Le côté français est une valeur ajoutée par rapport à ma musicalité africaine et la musicalité africaine est une valeur ajoutée par rapport à mon côté occidental.

B : Tu penses que c’est un avantage ?

S : Oui, carrément.

B : Entre 2 peut aussi symboliser le fait que tu sois entre rap et r’n’b, non ?

S : Oui. C’est vrai que je l’ai pas mis en avant, je ne représente pas le chanteur de r’n’b qui chante en se touchant le torse. Y’a tout un côté urbain très présent. Vous vous attendiez peut-être à un entre deux femmes, mais non. Cette fois-ci, j’ai pas été là-dedans. C’est l’évolution.

B : Sur ton album il y a un titre avec le rappeur Sofiane [Elle ne veut plus perdre de temps, ndlr]. La chanson est assez lourde que ce soit au niveau des instru que des paroles. Comment s’est fait ce featuring ?

S : Je m’entends vraiment bien avec Sofiane, nous nous sommes croisés plusieurs fois. On a plein d’amis en commun. Un jour j’écoutais ses sons sur Youtube et je me suis dit qu’il faudrait faire quelque chose avec lui. Sur une date, on se voit et il me dit qu’il faut qu’on fasse un truc ensemble. A l’approche de la sortie de l’album, je lui ai fait signe pour qu’on fasse cette fameuse chanson. C’était comme par hasard au moment où lui commençait à buzzer.

B : Sur ton disque on retrouve d’autres rappeurs comme Alonzo ou Youssoupha. Qu’est-ce que tu penses du rap d’aujourd’hui ? Des artistes de la nouvelle génération comme Nekfeu, SCH, MHD, etc. ?

S : Les exemples que tu cites sont vraiment tous différents. Chacun apporte quelque chose. Y’en a qui ne me touchent pas, mais ceux que tu as cités sont top. Nekfeu c’est une agréable surprise, avec ses codes oldschool, il aime vraiment le rap, il n’est pas juste sur la tendance. Il fait bien évoluer le rap. MHD est sur un concept fusion comme j’évoquais tout à l’heure.

B : T’as pas l’impression que c’est une tendance justement la fusion de rap et musique africaine ? Beaucoup d’artistes franco-africains mettent en avant leurs racines et leur culture africaine, dans leur rap, dans leur musique. Ils vont même tourner des clips en Afrique, alors qu’il y a 5 ou 10 ans, les rappeurs ne mettaient pas ça en avant. Maintenant on a MHD, Black M qui est très impliqué en Afrique. Qu’en penses-tu ?

S : On a été les premiers à mettre des sonorités africaines. Et avant encore, il y a avait Bisso Na Bisso. C’est vrai que ça a créé une tendance, mais je pense que c’est une évolution normale. Avant, dans le rap, on s’inspirait des Américains, puis la french touch s’est installée. Et parmi ces Français qui rappent, il y en a qui ont des origines africaines, antillaises ou autre, et c’est normal qu’au bout d’un moment, on s’inspire de notre culture. De même que le rap français a influencé les artistes en Afrique. La musique ça bouge énormément et y’a un moment où on cherche à s’affirmer. On parle de tendance parce que les médias grossissent le truc. Quand les médias ne souligneront plus tel ou tel style musical, on verra qui restera dedans. Si c’est par vraie envie ou par quête de buzz.
Que ce soit MHD ou KeBlack ou n’importe, je ne pense pas qu’ils aient surfé sur une tendance. Ils ont tenté un truc, ils ont bien aimé et ça tombe bien, parce que moi j’aime bien aussi.

B : Beaucoup font aussi de l’humanitaire en Afrique…

S : Que ce soit sincère ou pas, pour suivre la tendance ou pour le buzz, l’impact est positif. Il faut arrêter de voir le mal partout, ces artistes font des bonnes choses et ont devraient s’en réjouir.

B : Toujours en parlant de l’Afrique, tu as fait The Voice Afrique francophone en tant que coach. Tu penses qu’il y a des talents cachés en Afrique ?

S : Il a d’énormes talents en Afrique. Je suis rentré du Cameroun où j’ai bossé avec un de mes talents, ma finaliste qui s’appelle Verushka. Elle a interprété une chanson de Whitney Houston qui a été classée 3e meilleure interprétation de Whitney Houston sur le programme The Voice. Ce que j’ai aimé, c’est qu’il y a différents types de voix, différentes personnalités. Quand on pense The Voice Afrique on ne pense pas à la diversité des talents. Personne ne pouvait s’attendre à ça. On a eu des candidats qui chantaient de l’opéra, d’autres qui chantaient comme des Américains, des sonorités afro, des notes en plus. C’était très très riche. Ça m’a foutu une claque parce que j’ai vu dans ces talents une énergie, une rage de vaincre, une flamme, que je ne pense pas avoir eues, même dans mes moments les plus durs. Et pourtant Dieu sait à quel point j’ai la rage.

B : D’où vient cette motivation chez ces artistes en herbe ?

S : Je ne sais pas. Il y a une magie peut-être due à certaines situations. La musique n’est pas un jeu pour eux, c’est très sérieux, et ça s’entend.

B : Tu aimerais produire des artistes ou avoir ton propre label ?

S : Carrément. C’est un truc que je suis en train de mettre en place. Je suis un chercheur d’or, mais je n’ai pas encore tout ce qu’il me faut. Je suis ouvert pour écouter des artistes et voir ce que je peux faire si je suis séduit.

B : Beaucoup d’artistes ont des labels, comme Maître Gims par exemple. Qu’est-ce que tu apporterais de différent ?

S : Je ne sais pas du tout comment il travaille, je ne peux pas dire ce que je ferais différemment. Ce qui est sûr, c’est que j’aurais une implication personnelle et on ne sortira rien tant que le truc ne sera pas bon.

B : Pour revenir sur ton duo avec Sofiane, quand sort le clip ? Il y a une forte anticipation.

S : Le problème c’est qu’on devait faire le clip à Abidjan, pour faire découvrir l’Afrique à Sofiane. On imaginait le clip dans un certain univers, il était chaud, mais on a eu un problème de timing. Il n’a pas pu me rejoindre à Abidjan. Du coup le clip n’a pas été tourné.

B : Dommage, car la chanson est top et le clip suivra forcément.

S : Oui, on ne peut pas se planter. Et vu ce que je dis sur les filles dans le texte, elles ont intérêt d’être au niveau…

B : En attendant, as-tu des dates de tournées, d’autres activités ?

S : J’ai fait un showcase aux Etoiles à Château d’Eau. Il y avait beaucoup de monde, j’ai vu des gens que je ne m’attendais pas à voir là. Il y a eu un bon retour. Les gens étaient contents, mais m’ont reproché de ne pas avoir chanté plus longtemps.

B : C’est le concept du showcase.

S : Exact, j’ai présenté 4 chansons et j’ai fait un medley de mes anciens titres. Les gens étaient comme des fous et on me demande quand il y aura un vrai concert parisien. Parce que je n’ai jamais fait de réel concert à Paris.

B : Ah bon, comment ça se fait ?

S : Je ne sais pas. J’ai toujours été septique par rapport à Paris. Je ne sais pas pourquoi. J’ai déjà vu des artistes vraiment forts chanter à Paris et ne pas capter le public. Les gens n’étaient pas là pour kiffer, mais ils attendaient un faux pas, ils étaient là pour critiquer. Ils n’étaient pas là pour savourer et ça m’a marqué. J’avais l’impression d’être le seul à m’ambiancer.
Mais si je n’ai pas de dates parisiennes, j’ai des dates en province, j’arrête pas de tourner. Je vais en Afrique, en Suisse, au Togo, au Bénin, aux Etats-Unis. Y’aura l’Espagne, Madagascar, on va voir comment ça va se passer. Tout ça sur juillet et août.

B : C’est étonnant après 15 années de carrière de toujours avoir le doute, l’appréhension. Tu y vas doucement.

S : Oui j’y vais doucement. J’ai la chance d’avoir gardé ça du jeune artiste. Se remettre en question continuellement, c’est salvateur. Un artiste qui se dit que tout ce qu’il touche se transforme en or s’égare.

B : Tu estimes ne jamais avoir eu la grosse tête ?

S : On a tous évolué. Certains diront grosse tête, d’autres verront une évolution normale. J’ai évolué en tant qu’homme. J’ai plus le même âge, j’ai d’autres exigences et puis au bout d’un moment je peux me permettre de taper du poing sur la table. Certains prennent mal la critique et t’accusent de te prendre pour un autre.

B : Tu as déjà eu des critiques dans ce sens ?

S : Bien sûr. Même Soprano que je trouve irréprochable se fait critiquer. J’ai déjà entendu des gens dire qu’il se la pétait, j’ai halluciné. C’est comme ça. La foule réclame le sang.

B : Du coup tu as des amis dans le milieu, ou pas trop ?

S : Je m’entends bien avec pas mal de gens. Après il y a certains artistes ou producteurs dont je suis plus proche. Je ne vais pas faire de liste, mais bon. Quand tu évolues dans le milieu de la musique, forcément, tu côtoies et est ami avec les personnes du milieu.

B : Et si tu n’avais pas été chanteur ?

S : J’aurais aimé être architecte, toujours dans la construction, marquer quelque chose. Quand je passe en voiture devant des immeubles, des maisons, de belles constructions, je me dis « ah ça c’est de moi », même si c’est pas moi qui l’ai fait.

B : Qu’est-ce que tu as le plus apprécié dans le processus de création de ton album ?

S : C’est pas évident de répondre, mais je dirais les moments en studio. Je commence le travail à la maison, je pense à la mélodie, j’écris un bout de texte, je commence la maquette ou la prémaquette. Et voir tout ça prendre vie en studio avec de vrais musiciens, entrer dans l’univers auquel j’ai pensé, me donne l’impression de faire de la magie. Voir l’évolution de la chanson, c’est royal.

B : Et la scène, ça se passe comment ? Quand tu remontes sur scène, tu sens que malgré les années le public est toujours aussi enthousiaste ?

S : J’ai la chance de faire se déplacer des gens. Ce sont des gens qui aiment ce que je fais et qui la veille ont réécouté mes chansons, ça leur rappelle des souvenirs. Ils ont un vécu avec mes chansons. Quand j’arrive sur scène, dans leur regard, je sens de la complicité. Je vois que j’ai une valeur sentimentale pour les gens qui me suivent, et ça fait plaisir.

B : Et bien bonne tournée d’été ! Et on attend pour bientôt le clip avec Sofiane.

S : C’est compliqué, il y aura sans doute un autre clip avant.

B : Tu peux nous dire lequel ?

S : Je pense que ça sera I Love Paris. Il y aura de belles surprises dans ce clip, vous verrez. On va reconnaître Singuila.

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