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Histoire de la tradition du carnaval aux Antilles-Guyane

Rédigé par

4.01.2016

Que veut dire Carnaval?

Au moyen âge, l’église catholique tente de supprimer traditions païennes en incorporant à son calendrier le rite de la célébration du printemps : c’est le Mardi Gras, veille du Mercredi des Cendres qui marque le début du Carême. le Mardi gras est donc le dernier jour où l’on peut manger gras, que l’on peut manger de la viande. La manifestation fut donc appelée Carnaval du latin carne (viande) et levare (ôter) : carnelevarium (suppression de la viande).

Origines

En débarquant au Nouveau Monde au 17ème siècle, les colons catholiques français ont apporté avec eux leurs coutumes. Durant le carnaval, ils donnaient d’élégantes réceptions et bals masqués et se recevaient les uns et les autres dans leurs habitations, juste avant le jeûne des 40 jours de carême. Les esclaves n’avaient pas droit à ces festivités mais avec le temps passant, ils imitèrent leurs maîtres et développèrent un carnaval typique, introduisant leur culture (chants, masques, couleurs), leurs croyances et leurs instruments de musique (tambours, flûtes des mornes, cha-cha, ti-bois). Le carnaval actuel est un mélange de traditions africaines amenées par les esclaves, de traditions chrétiennes apportées par les colons portugais, espagnols et français et bien sur des traditions amérindiennes. chaque carnaval peut être différent en fonction de l’île ou de la terre qui  possède ses propres traditions et coutumes. Avec l’accord des maîtres ils étaient autorisés à constituer des cortèges et des défilés musicaux sur la propriété.
Tout au long du 18ème siècle, le carnaval connait des interdictions jusqu’ en 1850 ( l’abolition de l’esclavage a eu lien en 1849), en Martinique à Saint-Pierre qui était considérée comme le «petit Paris des Antilles» avant l’éruption de la Montagne Pelée où il connait ses heures de gloire. Après la catastrophe, la tradition du carnaval se perpétuera à Fort-de-France, les défilés reprennent dans la rue et le peuple s’amuse en parodiant et chantant des chansons acerbes sur ceux qui le gouvernent. Dès l’apparition du carnaval aux Antilles, la chanson a joué un rôle prépondérant. Elle exprime les sentiments face à l’oppression économique, sociale et politique dont le peuple a été et est encore victime.
Du temps de Saint-Pierre, les chansons du carnaval, beaucoup plus satiriques et audacieuses que les chansons d’aujourd’hui, étaient le plus souvent écrites par des femmes. Ainsi est né le tempérament satirique des carnavals antillo-guyanais. Plus les descendants d’esclaves s’appropriaient l’événement, plus les planteurs s’en exilaient. le carnaval des «riches» finissait le mardi gras, tandis que celui du peuple durait jusqu’au mercredi des cendres.
En Guyane, les touloulous, femmes mystérieuses qui rythment les soirées, sont toutes puissantes et leurs longues robes à froufrous rappelaient les tenues des bourgeoises de l’époque.
Tous les carnavals chrétiens ont un roi des fous, qui est sacrifié avant le carême. Il est placé sous l’égide du roi Vaval, un mannequin géant (bwa-bwa) promené dans la ville qui chaque année est créé à l’effigie d’une thématique politique ou sociale impopulaire  qui est brûlé le mercredi des Cendres. Autrefois il était fait de chiffons, de cartons, de papier et bourré de paille et était porté au bout d’une perche.Chaque quartier confectionnait le sien. A ses côtés défilent les reines du carnaval.

Les costumes

Les esclaves et leurs descendants n’ayant pas les moyens des colons,  ont fait appel à leur imagination pour s’inventer des costumes utilisent de vieux vêtements, pyjamas, breloques, coquillages et fibres naturelles. Dans toute les Caraïbes, la tradition du masque au carnaval reste très prononcée. Parmi les plus populaires il y a le mas a roucou et le mas a kongo qui symbolisent les cultures amérindiennes et africaines. Aujourd’hui, les masques ressemblent aux anciens, mais les matières plastiques sont plus légères à porter. Protégée par l’anonymat des masques et déguisements, la population s’autorise tous les débordements. Chaque année travestis et personnages traditionnels ressortent dans les rues.

Personnages mythiques

Les personnages, dont certains datent des carnavals de Saint-Pierre, sont inspirés de l’Afrique, de l’Europe, des métiers, des traumatismes historiques comme l’esclavage, de faits sociaux.
Le diable rouge : occupe une place prépondérante dans la tradition du carnaval des Antilles. C’est un personnage  avec des cornes de bovins sur la tête et des petits morceaux de miroirs sur le corps.Il est issu de cérémonies initiatiques sénégalaises. C’est aussi un personnage typiquement chrétien créé par l’Eglise. Afin de bannir l’utilisation des masques africains, les religieux les ont intégré à l’image du diable redouté par les Africains déportés convertis. Il déambule donc dans les rues de la ville et profère des menaces contre les parents qui n’ont pas baptisé leurs enfants.

Masque de diable rouge

Masque de diable rouge


Le vrai costume traditionnel était une tête hideuse énorme et lourde composée d’une mâchoire de requin, de peaux de cabris, d’une chevelure en crin de cheval et de multiples cornes au bout desquelles des grelots étaient suspendues
Neg Gwo Siwo ou Neg Marron : Vêtus de simples pagnes, ils sont badigeonner de la tête aux pieds de mélasse, (sirop de batterie mélangé à de la suie). Leur couleur fait référence aux nègres marrons, les esclaves dissidents.
Neg Gwo Siwo

Neg Gwo Siwo


Marian lapofig: Héritage direct de l’Afrique ancestrale, le personnage de Marian’ dont les vêtements sont faits de feuilles de bananier séchées est traditionnel de la Martinique. Elle tourne et « fait chanter » son costume au rythme des ti-bwa.
Les souffleurs de conque: Autrefois la conque de lambi était utilisée pour communiquer les décès dans le bourg ou une catastrophe naturelle. Les pêcheurs l’utilisent encore.
Le Congo ( ou Kongo):  est la reproduction exacte du costume que les esclaves noirs portaient – dont certains étaient appelé Congo par rapport à leur provenance,  sur les plantations quand ils allaient y couper la canne.
Touloulou: ce déguisement fait partie du folklore guyanais. Les costumes sont inspirés de ceux des bourgeoises du 18ème et 19ème siècle. Le nom viendrait de leur façon d’agiter leurs bras comme les crabes rouge et noir du même nom.
C’est une femme déguisée de la tête aux pieds dont aucune partie du corps n’est dévoilée, même pas ses mains.
Les festivités du carnaval débutent le dimanche suivant l’épiphanie et se terminent le Mercredi des Cendres. Dans les îles anglophones (Sainte-Lucie, Antigua, La Barbade etc.) se situent plutôt entre les mois de juillet et août. Elles atteignent leur paroxysme lors des «jours gras» dont le mardi gras, chômé est le jour où la ferveur est la plus grande.

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