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Wu-Tang Clan, rois du Wu Lab à Paris

Rédigé par

8.05.2017

Olivier Annet N’Guessan, fan de rap et du groupe américain Wu-Tang Clan a monté une expo unique qui se dévoile en avant première ce 5 mai à Paris. Le journaliste, figure de l’industrie hip hop, nous parle de ce projet original et inédit.

Blakes : Comment t’es venue ta passion pour le groupe ?

Olivier Annet N’Guessan : C’est bizarre parce que c’est un groupe que je n’aimais pas au début (rires !). La première fois que j’ai entendu le Wu-Tang c’était dans un magasin de disque à Paris à Châtelet, et je n’avais pas du tout aimé Protect Ya Neck, le premier single ! Au fur et à mesure des amis n’arrêtaient pas de me dire que c’était bien, donc j’ai réécouté et au final j’ai trouvé ça pas mal du tout! Et quand le single Cream est sorti, là j’ai vraiment accroché ! J’ai acheté les différents singles qui ont suivi, j’ai suivi leur carrière, j’ai acheté le premier album, mais sans chercher déjà à établir des contacts avec le groupe. J’aimais l’atmosphère, comment c’était produit, ce que je n’avais pas retenu au début et j’ai vu qu’il y avait vraiment un travail artistique et de production.

B : Comment explique-tu la fascination du groupe pour les films de kung-fu et karaté. De quel film s’agit-il précisément  ? 

OAN : C’est l’époque qui veut ça, je pense. A Paris il y avait des cinémas qui diffusaient ce genre de films, moi-même j’y allais avec mes cousins et eux c’était un peu pareil…  Et il y a eu le concept monté par RZA par rapport aux clans puisqu’il y avait plusieurs clans de rappeurs,  par rapport à Staten Island vue comme une île perdue à côté de New York,  et surtout cette fascination pour le côté mystique des shaolins et des ninjas. Il y a vraiment eu une création artistique autour de cet univers. Il ne faut pas oublier que beaucoup de rappeurs de cette génération écoutaient beaucoup de soul et étaient imprégnés par les films de Bruce Lee et de kung-fu. Ils se sont servis de cette imagerie là pour le concept artistique du groupe.

Blakes : Pourquoi y a-t-il encore à ton avis, encore une telle émulation/ effervescence autour du WU TANG, 25 ans après ? 

OAN : J’ai toujours été impressionné par ça !  Dans n’importe quel endroit du monde où j’ai pu aller, le seul groupe de rap sur un T-shirt que j’ai pu voir porter par une personne locale, c’est le Wu-Tang!  Ils ont déjà la force d’être 9 membres, 9 personnalités et ça n’a jamais été fait avant. Le public peut se retrouver dans chacune.
Et aussi parce que ce sont des gens normaux, dans le sens où ols ont eu des hauts, des bas, des problèmes de drogues pour ODB , de prison… Ils ont aussi toujours été très proches des gens, que ce soit en concert ou dans la rue. Ils sont très humains! Ce sont des gars de la rue et qui n’ont pas changé, malgré le côté business.

Musicalement aussi ils ont beaucoup apporté. Ils avaient une telle avance musicale que même aujourd’hui la nouvelle génération les écoute comme des sons nouveaux. Même Drake leur a rendu hommage, Kanye West aussi, Eminem était très proche d’eux.
C’est aussi un groupe qui n’a jamais eu d’embrouilles. Parce que déjà, les connaissant pour leur chercher des embrouilles faut déjà être armé! Ils viennent de Staten Island qui est ville très dure. Ils ont toujours respecté les autres, ils ont toujours été bien cadrés aussi par certains membres du management comme RZA . Ils ont toujours réussi un travail à vraiment canaliser et développer leur force en étant 9 membres.

B : As-tu des préférences pour certains membres  ? Lesquels et pourquoi  ?
1ON : U-God, parce que c’est le premier des membres que j’ai rencontré. On a vraiment sympathisé, je l’ai même motivé sur certains projets, parce que lui, sur le premier album il était en prison… Cappadonna aussi, je suis très proche de lui, parce que j’aime bien son côté un peu philosophe, on peut avoir de grandes discussions… Le problème avec lui c’est que c’est un membre du Wu-Tang, mais la prison l’a empêché d’être sur le premier album. Mais tout le monde le considère comme le 10e membre. Et j’insiste beaucoup sur ça ! C’est bien le 10e membre du groupe! Les choses de la vie ont fait que…Et je suis aussi très proche de Raekwon, puisque j’avais fait le Ol’Kainry/ Raekwon. Ce sont les 3 dont je suis le plus proche. Ils ont beaucoup d’affection pour moi et vice versa!

B : RZA, Method Man, Redman se sont reconvertis principalement dans le cinéma, que ce soit dans les bandes originales ou en tant qu’acteurs. Que pense-tu de cette reconversion ?

OAN : C’est bien parce qu’il faut évoluer! Il y a peu, j’étais dans le studio de RZA qui venait de réaliser le 6e épisode de The Iron Fist sur Netflix et c’est un nouveau cap pour eux!
Concernant Method, je trouve qu’il n’a pas eu de bons rôles! Ces trucs dans Les experts ou New York Unité Spéciale, là… Parfois il se fait charrier par les autres pour ça! (rires!)  Ils lui disent Wack Wack wack, ce qui veut dire : Nul! Nul! Nul! Je pense qu’il devrait d’avantage jouer des rôles dramatiques ou différents du cliché du rappeur, gangster, flic ripou… C’est un bel homme, il a le charisme, mais les rôles qu’on lui donne …c’est pas ça ! Là, il a collaboré sur la suite du film How High avec son partenaire Redman, dont beaucoup de gens pensent qu’il fait partie du Wu -Tang, mais ce n’est pas le cas.

Je suis content qu’ils aient évolué, parce qu’après la musique il faut passer à autre chose. Ils vont continuer à rapper, mais plus comme avant. Selon les évolutions du marché, il faut qu’ils aient de nouvelles perspectives. On en discutait dernièrement avec Cappadonna qui me disait : « moi je veux inculquer, transmettre mon savoir aux nouvelles générations dans le business ou autre… »

B : Comment est née l’idée de faire cette exposition ?

OAN : Ça m’a pris comme ça ! C’était une idée folle ! Au début je pensais vraiment récupérer toutes les fringues, les affaires des membres, mais c’était compliqué et il fallait du budget. Après réflexion et en allant regarder sur internet j’ai découvert que des artistes avaient créé des choses autour du Wu Tang et je me suis dit « Mais c’est ça que je dois faire ! »  Du coup j’ai contacté plein d’artistes à travers le monde, certaines marques aussi qui m’ont fait des créations originales aussi, des choses incroyables comme la jante du Wu-Tang – il n’y en a que 4 dans le monde – , un appareil photos, des vêtements… J’ai demandé à des artistes contemporains de créer des choses… Je ne pensais pas arriver à cela, mais j’ai travaillé, j’ai muri l’idée pour la recentrer sur la création artistique autour du Wu-Tang, parce qu’il y a eu tellement de choses de créées que j’ai dû chercher, épurer, faire le tri parmi des choses très bien et des moins biens…

B : L’expo est destinée à tourner à travers le monde. Les fans du WU Tang sont partout ? Dans quels pays ?

OAN : Des gens m’ont contacté et dit qu’ils allaient venir en France pour la première fois pour voir l’expo. Ça m’a vraiment fait chaud au cœur se sont des gens d’Australie, Nouvelle Zélande, République Tchèque, d’Amérique du Sud, des Etats-Unis aussi… C’est incroyable la passion commune et l’amour pour le Wu-Tang ! J’étais vraiment étonné parce que ce sont des anciens, mais aussi des personnes de 25-30 ans et qui disent que c’est un groupe qui, comme on dit souvent : « Wu Tang changed my life » et c’est vrai ! Beaucoup de gens me disent que le groupe a changé leur vie… Même si les membres trouvent ça fort, ils ont du mal à l’accepter, car pour eux c’est  une considération qui s’apparente au divin! Ils sont contents, mais ils restent humains et humbles.

 B :LA PLACE est le lieu de prédilection pour cette exposition. Que pense-tu de son ouverture récente ?

OAN : C’est très bien, parce que même aux Etats-Unis, quand je leur en ai parlé, ils ont été impressionnés : quoi ?! Un lieu comme ça existe chez vous alors que nous, terre de la culture du Hip Hop on n’a pas ça! Maintenant il faut que La Place puissent amener des projets vraiment conséquents, pour que l’on puisse vraiment être fier de ce lieu qui peut devenir un Louvre ou centre George Pompidou d’un autre genre.
Pour que La Place devienne un haut lieu, même international, de la culture Hip Hop que ce soit au niveau des G$graffiti, de la danse et d’autres créations artistiques. Là, on fait la première grosse exposition, je pense que les gens vont découvrir énormément de choses. Ce n’est pas l’exposition où je vais ramener le slip de Method Man (rires!), même si certaines le voudraient bien, mais c’est vraiment le côté artistique. Que les gens qui viennent comprennent le travail du Wu-Tang, le travail des artistes et l’amour qu’ont eu les gens pour faire ce travail-là. Parce que les Jay-z, Beyonce ou Rihanna, Drake, ils n’ont pas toute cette création autour.  Une de leur force d’ailleurs c’est leur Logo, il est exceptionnel, parle à tout le monde et est inspirant!

B : Il y aura des activités autours de l’exposition. De quels types ?

OAN : Il y aura des conférences, des débats, la présentation de mon livre, on pourra aussi rencontrer des membres du groupe… Au début de l’expo, il sera aussi possible d’interagir avec eux. Je veux vraiment que les gens sentent que, comme je le disais, c’est vraiment un groupe proche de la population on va dire…
Sont confirmés Cappadonna, DJ Mathematics, Young Dirty Basta, fils de ODB. J’avais déjà enregistré avec son père à l’époque. C’est sa première venue en Europe pour l’occasion et il était très touché de la démarche. Il va donc venir pour parler de son père, pour rendre hommage à l’icône qu’il était. C’était aussi un grand artiste qui peignait aussi et adorait la peinture. Il y a des choses comme ça que l’on pourra découvrir, des anecdotes, les stratégies marketing de fou (rires!), en plus des œuvres!

Merci Olivier !

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La Place

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